En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies pour réaliser des statistiques de visites.

Biennale de l'Habitat Durable à Grenoble : habitats et mobilités

Il y a une semaine avait lieu la Biennale de l'Habitat Durable à Grenoble. Idéalement située à la Caserne de Bonne, ce fut l'occasion de parler des nouveaux usages de l'habitat et de la mobilité, mais aussi d'avoir un premier retour sur le quartier De Bonne, à travers une étude sociologique. Je vous dis en quelques mots ce que j'ai retenu de ces échanges.

Avertissement : cet article est particulièrement long, mais est constitué de 3 parties distinctes, indépendantes les unes des autres, que vous pouvez donc lire au grès de vos envies. ;-)


Biennale de l'Habitat Durable à Grenoble - Caserne De Bonne - avril 2015.


// Plateau TV sur les nouveaux usages dans la mobilité //


L'alternative à la voiture individuelle comme mode de déplacement n'est pas unique mais correspond à un panel d'offres, qui répondent à différents utilisateurs et différents besoins :


  • Les transports en commun

Le sujet des transports en commun n'a pas vraiment été abordé... est-ce représentatif de l'image pas très positive de ce moyen de déplacement ? Le seul à l'évoquer est Philippe ZANOLLA (représentant d'une association d'usagers, l'ADTC) pour déplorer la dégradation de l'offre. Venant d'une association prônant ce moyen de transport, c'est assez fort !


Chapiteaux de la Biennale de l'Habitat Durable à Grenoble - Caserne De Bonne - avril 2015.

  • L'autopartage

Martin LESAGE, directeur de Citélib, était venu défendre les couleurs de ce moyen de déplacement innovant. Cette entreprise, qui fonctionne sous le statut d'une SCIC (Société Coopérative d'Intérêt Collectif), permet de louer un véhicule pour des besoins urbains et péri-urbains de courte durée généralement pas couverts par la location traditionnelle. Au lieu de posséder une voiture, on réserve un véhicule (à la minute près) uniquement lorsqu'on en a besoin.

Martin LESAGE nous apprend que le fait de recourir à l'autopartage entraine finalement une modification du fonctionnement des usagers : la première année, l'utilisation reste relativement similaire à celle d'une voiture individuelle, mais dès la deuxième année on peut observer une diminution de l'utilisation : les kilomètres parcourus sont divisés par 2 et le nombre de trajets diminue également. Avec l'autopartage les utilisateurs réapprennent à se déplacer autrement, en optimisant davantage leurs trajets.

Citélib travaille également avec les auto-écoles pour faire se tourner vers l'autopartage les tout nouveaux conducteurs, dès leurs premiers kilomètres. Et visiblement cela fonctionne ! La nouvelle génération abandonnera-t-elle définitivement sa voiture ?


Voitures Citélib lors de l'inauguration à la Caserne De Bonne (source : http://blogcitelib.com/).

Source : blogcitelib.com.


  • La marche

30% des déplacements en ville se font à pied ! Mais il reste encore pas mal de choses à faire pour développer la marche comme moyen de transport. Visiblement la France reste assez frileuse dans la mise en place de zones piétonnes. Le plateau piéton de l'hyper-centre grenoblois a été développé dans les années 70 et depuis rien n'a vraiment évolué. Jacques WIART (adjoint en charge des déplacements et de la logistique urbaine à la Ville de Grenoble) annonce que cela fait partie des chantiers de la municipalité que d'étendre la zone piétonne. Ce travail sera fait en étroite concertation avec les habitats et les commerçants. La volonté est d'étendre la zone piétonne actuelle, mais également d'en développer de nouvelles dans d'autres quartiers (quai Saint Laurent et ZAC Bouchayer-Viallet par exemple) et d'autres communes de l'agglomération.


  • Le vélo (je garde toujours le meilleur pour la fin hi hi)

Ah la la, le vélo. Vaste sujet ! Qui me touche particulièrement puisque je fais partie de ces gens qui ne se déplacent (quasiment) qu'à bicyclette en ville. Je pourrais en dire des tonnes là-dessus... je vais essayer de me contenir et de m'en tenir aux sujets évoqués lors de ce plateau TV.

D'après Jacques WIART, le plus important est d'arriver à faire évoluer l'image du vélo pour y faire adhérer un maximum de personne. On pourrait même plutôt dire l'image DES vélos ! Car les vélos sont aussi nombreux que leurs usagers ou leurs utilisations : bicyclette, vélo électrique, triporteur, livraison à vélo, déplacement domicile-travail, sport... Chacun peut vraiment y trouver son compte ! Un grand pas en avant a été fait dans la représentation du vélo grâce aux services de vélo partagé tels Vélib (Paris) et Vélov (Lyon).


Réseau cyclable de l'agglomération grenobloise.

Philippe ZANOLA insiste sur le fait qu'il faut également casser l'image dangereuse du vélo, ce sentiment d'insécurité étant d'ailleurs plus présent chez les non cyclistes ! Non, le vélo n'est pas dangereux : en 2014 il n'y a eu aucun décès cyclistes sur l'agglo. On ne peut évidemment pas en dire autant des autres modes de déplacement ! Il serait même plus dangereux finalement de ne pas faire de vélo ! Apparemment des études ont montré que l'on était en moyenne 3 fois plus souvent malade lorsqu'on n'était pas cycliste et que cette activité nous permettait de gagner 5 ans en espérance de vie. Waou ! Alors, toujours pas convaincus ?! :) Jacques WIART nous informe que la Ville de Grenoble souhaite travailler sur la continuité cyclable de l'agglo. Quand on est cycliste on sait bien toute la valeur de cette action, à la fois pour les aspects pratiques et de sécurité.

Stéphanie VINCENT GESLIN, sociologue, conclue en rappelant que l'essentiel c'est le plaisir ! Selon elle, on passe trop vite sur cet aspect de plaisir, qui pourrait pourtant attirer de nouveaux utilisateurs. Et il est vrai que lorsqu'on a pris l'habitude de se déplacer à vélo, on ne voudrait en changer pour rien au monde !


Emplacements pour vélo à la Caserne De Bonne, Grenoble.



// Plateau TV sur les nouveaux usages dans l'habitat //


J'irai plus vite sur cette partie car finalement j'ai trouvé le contenu de ce deuxième plateau TV un peu moins intéressant. Je pense qu'il y a surtout 3 points à retenir sur les nouveaux usages dans l'habitat :


1. La co-construction

C'est Julie SLAMA, représentante de l'association nationale de défense des consommateurs et des usagers CLCV, qui a pointé du doigt l'importance de travailler avec des sociologues et les futurs usagers lors de la construction d'un nouveau bâtiment. D'après elles les normes et contraintes réglementaires ne sont pas suffisantes et seuls les habitants peuvent réellement exprimer les besoins en terme de construction.


Plateau TV sur les nouveaux usages dans l'habitat - Biennale de l'Habitat Durable à Grenoble - Caserne De Bonne - avril 2015.

2. L'habitat groupé

C'est évidemment le sujet incontournable du moment en ce qui concerne l'évolution de l'habitat (et tant mieux !). Habitat groupé, partagé ou participatif, le principe est le même : regrouper des familles pour habiter ensemble, en partageant des zones privées (c'est-à-dire réservées aux familles, comme nos appartements actuels) et des zones communes. A l'heure actuelle, ces zones communes sont les couloirs, halls, garage à vélo, etc. mais sont rarement de vrais lieux de vie. L'idée ici est de mutualiser certains espaces qui ne servent à personne 7 jours sur 7 et de créer du lien entre les habitants : chambre d'amis, buanderie, salle de jeux, jardin, etc.

D'après Christine GARNIER, vice-présidente à Grenoble Alpes Métropole , si on parle autant de cette nouvelle forme d'habitat en ce moment, c'est parce que c'est une manière de vivre qui nous fait rêver. C'est une manière de vivre plus respectueuse de l'environnement, plus proche des gens, plus harmonieuse peut-être.

Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur l'habitat groupé, vous pouvez vous renseigner auprès de l'association Les HabILeS, qui a pour but de favoriser l'émergence et la réalisation de projets d'habitat groupé en Isère.

Définition de l'habitat groupé par l'association Les HabILeS.


3. L'utilisation des technologies

Impossible de parler d'habitat ou de ville de demain sans parler de "smart grid" ou "smart cities". Gilles DEOTTO, chargé de développement Smart Energie chez GEG, est venu présenter ces nouvelles technologies. Il insiste d'abord sur le fait que la technologie doit correspondre à un besoin et un accompagnement. Le compteur Linky, par exemple, permet aux habitants de suivre en temps réel leur consommation d'électricité (ainsi qu'une conversion monétaire).

La technologie d'effacement de consommation permet également de réguler les consommations et d'éviter les pics. Nous savons tous que le stockage de l'énergie n'est quasiment pas possible, c'est donc la gestion de l'offre et de la demande qui est problématique sur ces sujets. L'effacement permet de reporter une demande d'énergie en période de forte consommation à un autre moment. Un peu plus d'informations sur l'effacement ici.

GEG a l'air plutôt en pointe sur ces sujets de "smart-energy". Vous pouvez voir l'ensemble de leurs projets ici (et pourquoi pas dans un prochain article...).



// Table-ronde autour de l'étude sociologique du quartier De Bonne //


La dernière partie de cette journée de rencontres fut extrêmement intéressante. Aucun grenoblois n'a pu passer à côté de l'incroyable développement du quartier De Bonne. Avouons-le c'était un endroit où l'on n'avait aucun plaisir à aller. On n'y allait pas d'ailleurs. Tandis que maintenant tout a changé ! On vient s'y balader, y déjeuner, faire du shopping, voir un film ou y habiter pour les plus chanceux !


Plan aérien du quartier De Bonne à Grenoble (c)AKTIS.

Source : AKTIS.


Le bureau d'études Argos a effectué, sur commande de la Ville de Grenoble, une étude sociologique de ce quartier. L'étude a commencée en 2011 et a duré 3 ans, dont 2 ans d'enquête. Cette étude a permis de pointer du doigt certains éléments importants de ce quartier :


  • La mixité

Mixité sociale et fonctionnelle ! En effet, peu de quartiers rassemblent autant de fonctions sur si peu d'espace : habitations, bureaux, centre commercial, espace culturel (cinéma Le Méliès), parcs... La mixité est également présente chez les habitants du quartiers : 40% de logements sociaux, 50% de logement privé classique et 10% de logements spécifiques (personnes âgées par exemple). Cela n'empêche pas d'observer malgré tout des revenus supérieurs à la moyenne, dans chacune de ces catégories.


  • Les relations entre les gens

Les espaces collectifs sont remarquables : appropriés, adaptables aux saisons et intergénérationnels. Pour autant, le fonctionnement du quartier reste assez classique en terme de relationnel entre les gens. Un exemple : la participation à l'Union de quartier est équivalente (et pas très élevée) aux autres quartiers.


Ecoquartier de la Caserne De Bonne à Grenoble.

  • Des dispositifs techniques lourds

Les dispositifs développés pour travailler à l'efficacité énergétique des bâtiments sont vécus comme un frein par les habitants. Certes une petite formation à l'usage avait été donnée aux nouveaux habitants, mais une piqûre de rappel aurait été bien vue. Le fonctionnement n'est pas intuitif car, avec l'utilisation d'une ventilation double flux, il est demandé de ne pas ouvrir les fenêtres. En effet, l'air vicié permet de réchauffer le bâtiment et est ensuite expulsé. Le fait d'ouvrir les fenêtres va empêcher cette récupération d'énergie. Bref, des contraintes de fonctionnement qui ne sont pas toujours bien perçues, par manque de compréhension et d'accompagnement.


  • Le caractère durable du quartier

Certes la motivation à l'achat ne concernait que très peu les thématiques environnementales (65% proximité du centre-ville vs. 18% performance durable), néanmoins l'étude d'Argos a montré qu'à l'usage, le fait de vivre dans ce quartier a fait évolué le fonctionnement des habitants. Cela se traduit essentiellement par un développement important des mobilités douces (vélo, marche), fait que l'on retrouve généralement dans les autres écoquartiers de France. Finalement développer un écoquartier permet de lancer un mouvement par l'immersion et l'incitation. Je ne sais pas vous, mais je trouve cette approche pleine de liberté et de bon sens.


Ecoquartier de la Caserne De Bonne à Grenoble.


Je vais terminer (enfin !) sur une note rapide à propos du centre commercial de la Caserne de Bonne. Je ne vais en parler que très rapidement, car finalement le sujet mériterait bien un article à lui seul. Pourquoi ? Déjà simplement parce que ce bâtiment est la première hall bioclimatique en France et aussi parce que c'est le seul bâtiment au monde à avoir obtenu les certifications BREEAM de niveau "Outstanding" pour le bâtiment en lui-même et sa gestion ("BREEAM In Use International"). Cette certification est l'équivalent britannique à la certification HQE (Haute Qualité Environnementale). Juste pour vous donner envie d'en savoir plus, sachez qu'au bout de 2 ans, le centre commercial consomme 2 fois moins d'énergie que ce qui avait été prévu.

Voilà. Je m'arrête sur cette touche positive et vous félicite d'être arrivé au bout de ce (trop !) long article. :)


NEWSLETTER

Soyez informé des prochaines publications du blog Padlezzar en indiquant votre email ci-dessous.

Pas de souci, la désinscription est possible et facile à tout moment ! Et moi non plus je n’aime pas les spams et les mails de pub, donc soyez certains que votre email ne sera donné à personne !