En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de Cookies pour réaliser des statistiques de visites.

Visite d'Aquapole, usine de dépollution des eaux usées

La semaine dernière, grâce à notre participation au Défi Moins Jeter, nous avons eu une belle opportunité : visiter Aquapole, l'usine de dépollution des eaux usées de l'agglomération grenobloise. Ok je comprends que ça n'enthousiasme pas tout le monde autant que moi ! Quoi qu'il en soit, vous imaginez bien que votre reporter favorite (ah non ? bon ben tant pis) n'allez pas pouvoir s'empêcher de vous raconter tout ça !


Visite d'Aquapole dans le cadre du défi Moins Jeter de La Métro.

Nous avons été accueillis par le responsable du site et son adjointe, ingénieur d'exploitation. La station est généralement ouverte au public et des visites peuvent être organisées, toutefois des travaux étant en court actuellement, ces visites sont suspendues pour l'instant. C'est donc bien grâce au Défi que nous avons pu avoir cet accès privilégié (accès ouvert à tous cependant, il suffit de vous inscrire aux visites proposées par La Métro ici).

Pour commencer, je vous ai préparé un petit schéma qui récapitule les flux gérés par cette station :

Fonctionnement de l'usine de dépollution des eaux usées Aquapole

Elle reçoit donc l'ensemble des eaux usées de l'agglomération grenobloise. Plus précisément, elle couvre 55 communes (dont les 41 de l'agglo) et a une capacité de traitement de 500 000 EH (Equivalent Habitant), soit 400 000 m³/j. Pour continuer sur les chiffres, sachez que la station couvre 5 ha, emploie 30 personnes, a reçu 93 millions de m³ d'eaux usées en 2014 et qu'elle en a traité 88 millions.

La différence entre eaux reçues et eaux traitées s'explique par l'impact de la pluviométrie. En effet, en période de fortes pluies, la quantité d'eau arrivant en entrée de station est plus élevé puisqu'elle inclut une grande partie des eaux de pluie. La station arrive parfois alors en dépassement de capacité. Les débits de traitement de ses installations ne sont pas suffisants pour tout traiter. Dans ce cas, un traitement minimal est apporté et l'eau est ensuite dérivée vers la sortie.

Bien entendu les rejets sont toujours contrôlés, afin de vérifier la conformité aux exigences qualité établies par arrêté préfectoral. Ces contrôles sont effectués quotidiennement en interne, mais également 2 fois par an par un organisme externe. Ca parait plutôt fiable... Ce qui est étrange c'est que les arrêtés préfectoraux autorisent malgré tout 25 jours de non conformité par an (ainsi en 2014 la station avait eu 11 jours de non conformité, correspondant sans doute encore à ces jours avec forte pluviométrie). La conclusion ? N'utilisez plus d'eau (chasse d'eau, robinet, douche...) lorsqu'il pleut trop ! (c'est une blague bien sûr...)


L'équipe de La Compagnie des Citrouilles (défi Moins Jeter) trop contente de participer à la visite d'Aquapole !


Bref. Revenons-en à notre visite ! Vous n'avez peut-être pas tous eu la chance de visiter un tel centre, donc je vais rapidement vous expliquer le fonctionnement d'une station d'épuration.


  • Pré-traitement :

    La première étape du process est le dégrillage. Les eaux usées passent tout simplement à travers des grilles, barrières physiques qui vont retenir les plus gros polluants (et vous seriez étonnés de ce qu'on peut trouver !).
    L'étape suivante est double : dessablage et déshuilage. Par gravité, les sables vont tomber au fond d'un bassin et seront récoltés par un raclage. Pendant le même temps, des bulles d'air sont envoyées du fond vers la surface afin de faire remonter les graisses. Elles seront ensuite récupérées par d'autres racleurs.

Visite d'Aquapole : étapes de dessablage et déshuilage.


  • Traitement primaire :
    On arrive ensuite à l'étape de décantation lamellaire. Des produits chimiques sont ajoutés afin d'accélérer la séparation de phase des éléments. Les particules polluées, plus lourdes (car plus denses que l'eau), vont tomber au fond de ce deuxième bassin, où elles seront récupérées.

Visite d'Aquapole : étape de décantation lamellaire.


  • Traitement biologique :
    La dernière étape de traitement de l'eau est la biofiltration. Un massif granulaire (des billes d'argile) est ajouté dans le dernier bassin afin de permettre la cultivation de bactéries. Ces billes d'argile sont le support sur lequel les bactéries peuvent s'accrocher et se développer. Les bactéries vont ensuite dissocier les polluants de l'eau propre et former un mélange (les boues d'épuration), qui sera ensuite récolté.L'eau en sortie de ce bassin est "propre". Cela signifie qu'elle ne contient quasiment plus de polluants (en respect avec les règles fixées par arrêté préfectoral donc), même si elle n'est tout de même pas potable. Cela serait possible, mais ça demanderait des étapes de traitement supplémentaires, très coûteuses (et pas vraiment nécessaires dans notre région où l'eau ne manque pas et est de très bonne qualité à la source). Ces eaux propres sont donc rejetées dans l'Isère. Le débit de cette rivière est tel qu'il y a ensuite une importante dilution de ces eaux de rejet.

Visite d'Aquapole : étape de biofiltration.


  • Traitement des polluants :
    Voilà pour l'eau, mais que deviennent tous les polluants mis de côté au fur et à mesure du process ? Les gros polluants et les sables récoltés aux premières étapes sont enfouis. Pour info, 478 t de déchets sont récoltés par an au niveau du dégrillage. Les boues d'épuration (en provenance du traitement biologique), quant à elles, sont déshydratées par compression, puis incinérées sur place.

Je vous disais au début que l'usine était actuellement en travaux. En effet, le site est en constante évolution. Ainsi en août 2014, l'intérêt s'était porté sur un nouveau système de désodorisation (on pouvait sinon sentir les eaux usées depuis l'autoroute, toute proche) par capote et captage de l'air.


Visite d'Aquapole : désodorisation par captage de l'air.


Le projet actuel porte sur le traitement de l'azote et la méthanisation des boues. En effet, même si la quantité d'azote rejetée reste dans les normes (pour l'instant), le rendement concernant ce polluant n'est pas très bon (autour de 55% contre 85% environ pour les principaux indicateurs de pollution : MES, DBO, DCO*). De nouveaux bassins de biofiltration sont ainsi en train d'être construits afin d'effectuer un deuxième traitement biologique, mais avec des bactéries qui vont retirer l'azote cette fois. L'objectif est d'atteindre un rendement, sur l'azote, de 70 à 80%.

Le second projet en cours porte sur la méthanisation des boues d'épuration. La méthanisation est le processus de transformation de la matière organique en biogaz, par digestion anaérobie. Ce biogaz est essentiellement composé de méthane et de gaz carbonique. La méthanisation présente le double avantage de traiter les déchets organiques tout en produisant une source d’énergie valorisable. En l'occurrence, le projet à Aquapole va permettre de produire 22 000 MWh/an, soit un peu plus de 60% de la consommation de la station. Une partie sera utilisée pour alimenter les fours, bâtiments, digesteurs, etc., tandis que l'autre partie sera valorisée financièrement (début 2016).

Voilà. Vous en savez maintenant autant que moi !


Visite d'Aquapole.


Pendant ma formation en Mastère Spécialisé en Gestion de l'Environnement, nous avions visité la station de lagunage de Rochefort. Un site incroyable qui permet de traiter les eaux de la ville (environ 26 000 habitants) de manière écologique, par le procédé de lagunage. Après un premier traitement physique, les eaux sont traitées par traitement biologique, par action combinée du vent et du soleil. On ne parle pas d'ajout chimique ici ! Alors on se demande tous s'il ne serait pas possible de traiter les eaux de Grenoble en utilisant moins (ou pas ?) de produits chimiques. Le problème est simple : le manque de place. En effet, la station actuelle occupe 5 ha pour 500 000 EH, soi 0.1 m²/EH. Pour passer à un traitement par les plantes par exemple, il faudrait compter 3 m²/EH ! La station occuperait donc 150 ha. Ce n'est tout simplement pas possible dans notre région contrainte par les montagnes. La station de lagunage dont je viens de vous parler est certes idéale et enviable, mais là on est plutôt autour de 25 m²/EH !

Donc même si visiter une station d'épuration peut faire un peu peur car ça a un impact, n'oublions surtout l'impact environnemental lorsque ces stations n'existent pas ! Lorsque j'étais au Maroc, les eaux usées étaient tout simplement jetées directement dans la mer ! Même si des progrès pourraient être faits pour optimiser le traitement des eaux, ces stations sont déjà très bien. Et pour améliorer encore un peu plus le process, ne perdons pas de vue l'essentiel :

  • à nous de moins polluer les eaux en amont,
  • d'en consommer moins,
  • de ne pas utiliser de produits nocifs pour l'environnement
  • et de ne pas jeter n'importe quoi dans nos eaux usées.
C'est évidemment plus facile de prendre conscience de tout ça lorsque l'on voit ce qu'il est nécessaire de mettre en place ensuite pour retirer toutes ces pollutions !


Je finis sur une petite touche légère avec une courte vidéo. Il s'agit d'un épisode de la mini-série Méli Mélo, qui traite avec humour de la gestion de l'eau. Vous aurez peut-être reconnu les acteurs Jacques Chambon et Franck Pitiot (ils jouent Merlin et Perceval dans la série Kaamelot).


NEWSLETTER

Soyez informé des prochaines publications du blog Padlezzar en indiquant votre email ci-dessous.

Pas de souci, la désinscription est possible et facile à tout moment ! Et moi non plus je n’aime pas les spams et les mails de pub, donc soyez certains que votre email ne sera donné à personne !